lundi 13 août 2012
DIEU
Dans les temps anciens , lorsque le premier frisson de parole vint à mes lèvres, je gravis la montagne sacrée et m'adressai à Dieu:
"Maître, je suis ton esclave. Ta volonté cachée est ma loi et à jamais je t'obéirai."
Mais Dieu ne fit pas de réponse, et, comme une puissante tempête, il disparut.
Après mille ans, je gravis la montagne sacrée et, à nouveau, m'adressai à Dieu:
" Créateur, je suis ta création...Me tirant de la glaise, ta main m'a façonné et à toi je me dois entièrement."
Dieu ne fit pas de réponse, mais comme mille ailes promptes, il disparut.
Après mille années, je gravis la montagne sacrée et encore une fois je dis à Dieu:
"Père, je suis ton fils. Par pitié et par amour tu m'as donné naissance, et à travers l'amour et l'adoration j'hériterai de ton royaume."
Dieu ne fit pas de réponse et comme la brume qui voile les lointaines collines, il disparut.
Mille ans plus tard, je gravis la montagne sacrée pour m'adresser encore à Dieu:
" O mon Dieu, mon but et mon accomplissement; je suis ton hier, tu es mon demain. Je suis ta racine en terre, tu es ma fleur dans le ciel, et ensemble nous croissons devant le visage du soleil."
Dieu alors se pencha sur moi et à mes oreilles chuchota des mots pleins de douceur. Et ainsi que la mer enveloppe le ruisseau qui s'écoule vers elle, il me ceignit.
Quand je descendis dans les vallées et les plaines, Dieu y était également présent.
Khalil Gibran
www.grandorientarabe.org
mercredi 25 juillet 2012
A paraître prochainement aux Editions DERVY le livre de Jean-Marc ARACTINGI et Christian LOCHON:
Islam et Franc-Maçonnerie
Traditions ésotériques
Préface
A LA DECOUVERTE DU RELAIS
Les auteurs de Secrets Initiatiques en Islam et Rituels maçonniques ont consacré, avec le concours des chercheurs Idriss Aberkane, Karim-Hervé Benkamla et le regretté Bruno Etienne, ces Traditions ésotériques au passage du relais d’une génération à l’autre, d’une religion à l’autre et d’une société ésotérique à l’autre. Depuis l’antiquité, les peuples successifs se sont réapproprié les mythes appartenant au monde méditerranéen. On retrouvera ainsi dans les travaux imposés à Gilgamesh le Mésopotamien ceux d’Héraklès le Grec, les symboles tenus dans ses mains par la déesse Ishtar, ceux d’Athéna et de Cérès, la représentation maternelle d’Isis portant dans ses bras Horus, celle de Marie et de Jésus ; les Mages de la Nativité avec leurs cadeaux précieux témoignent de l’héritage spirituel de Zoroastre offert au Christianisme. Parfois le relais peut être inversé : les théologiens musulmans moutazilites appliquent sous les Abbassides la grille de lecture de la philosophie grecque sur les textes révélés. Le soufisme, savant ou populaire, comme dans les zaouïas algériennes aujourd’hui, ainsi que les traditions initiatiques chiites, ismaéliennes, druzes, alaouites, ont puisé dans la Gnose orientale un rituel antique que l’on retrouvera importé dans le compagnonnage médiéval occidental.
Sur un plan parallèle, la franc-maçonnerie, grâce aux orientalistes anglais, français, allemands, suédois des XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles, aura bénéficié de l’apport des traditions venues de Perse et du Proche-Orient. C’est ce qui fera que de grandes personnalités musulmanes comme l’émir algérien Abdelkader ou l’intellectuel iranien Jamaleddine El Afghani, se sentiront à l’aise dans les sociétés initiatiques d’Occident. De même, l’acceptation de la laïcité n’est pas du domaine exclusif de l’Occident, qui, d’ailleurs l’a parfois réduite à un rôle anti-clérical, mais elle s’exprime aussi tout au long des quinze siècles de la religion musulmane, l’interprétation de certains versets coraniques promouvant la défense du libre-arbitre de la créature de Dieu.
Ce mouvement de va et vient de la pensée entre Orient et Occident assure l’unité de ce livre ; le fait que les religions juive, chrétienne, musulmane tout aussi bien que la franc-maçonnerie se déclarent « universelles » montre qu’avec patience et ténacité, nous nous devons de souligner que l’humanisme méditerranéen est bien notre substrat culturel commun malgré la diversité des appellations de nos croyances. Aussi le franc-maçon occidental non seulement ne doit pas s’inscrire dans la rupture avec le passé mais il doit aussi admettre les connaissances initiatiques de son frère oriental pour lequel Hiram et Salomon sont de véritables grands ancêtres. Mythes et tradition constituent la mémoire des hommes éclairés à la recherche de l’initiation authentique.
Jean-Marc Aractingi et Christian Lochon
Sommaire:
Chapitre 1 : Le patrimoine culturel méditerranéen
Chapitre 2 - L’héritage spirituel de Zoroastre
Chapitre 3 : Les philosophes moutazilites
Chapitre 4 : Traditions initiatiques musulmanes et Franc-maçonnerie
Chapitre 5: Chevalerie orientale et Franc-maçonnerie
Chapitre 6 : Les Orientalistes francs-maçons
Chapitre 7 : L’Émir Abdelkader, l’Initié par excellence
Chapitre 8 : La Franc-maçonnerie au Moyen-Orient : Aperçu historique
Chapitre 9 : Jamaleddine El Afghani
Chapitre 10 : La Zaouïa
Chapitre 11- Le concept de laïcité en Islam
Chapitre 12 – Soufisme pour les francs-maçons
lundi 23 juillet 2012
ABRAHAM: L’Appel à la Fraternité, Ou comment Revisiter Louis Massignon, par le Grand Maître National de France du Grand Orient Arabe Oecuménique
Vers 2003 ans, avant Jésus Christ, la Ville d’OUR s’écroule, et en 1894 de la même ère, Babylone tombe entre les mains d’un Prince Amorite.
Au 18 ° siècle avant JC, les Amorites dominent tout le Proche –Orient. Hammourabi, Roi de Babylone, et auteur du célèbre Code, unifie la Mésopotamie.
Les Amorites franchissent le Jourdain et provoquent la chute de cette Civilisation du III Millénaire.
C’était le Cadre géographique de la Migration d’Abraham.
Abram, Patronyme originel utilisé pour nommer le Vénérable Ancêtre au début du récit biblique, est mentionné dans les Tablettes Cunéiformes, comme à EBLA.
Au II millénaire avant J.C, on trouve des ABA-RAMA(ou aime le Père), ou ABI –RAMI c'est-à-dire « Mon Père est exalté ».
Peut-on faire d’Abraham un Amorite de HARRAN ? Abraham disait (Ezéchiel) « Mon Père était un Araméen errant, et ma mère une Hittite » (peuplades originaires de l’Anatolie et qui ont créé une Grande Civilisation).
Il est dit dans la Bible (Gén 21-34), qu’Abraham « séjourne longtemps aux pays des Philistins ».
Abraham s’appelait aussi Abram, ou Abiram, selon son cycle de Migration. A partir de Genèse 11-10, une Seconde Généalogie des Fils de SEM, dont quelques éléments narratifs sur le Clan de TERAH (Père d’Abraham), et sa Migration depuis OUR jusqu’à HARRAN, nous achemine vers Abraham.
Cela constitue « la dernière touche » à cette histoire Primitive, juste avant l’entrée en scène d’Abraham, et les nouvelles perspectives UNIVERSELLES déclenchées par SON APPEL.
De fait, on constate qu’à la dispersion des Peuples de BABEL, répond la Promesse d’une BENEDICTION pour TOUS LES PEUPLES issus de cet Ancêtre Messager.
Ainsi Abraham a quitté OUR, et a parcouru le Moyen-Orient jusqu’à l’Egypte, en passant par HARRAN, et SODOME en CANAAN.
Il exilera son fils aîné ISMAEL, il offrira son Puîné en Sacrifice, à HEBRON, où il vient de circoncire ISMAEL, et de s’entendre promettre ISSAC, il va commettre UNE TRANSGRESSION et entrer en « contestation » avec le Divin.
Il avait offert le Dîme, avec celle de LOT(ou Loth), l’hôte des Chaldéens, à un homme de DIEU pour le remercier d’un SACRIFICE, pur, non sanglant ; de PAIN et du VIN.
Sacrifice dont les participants, fils de LOT, MOAB, AMMON, et EDOM préfigurent la Chrétienté, comme les participants à l’Exil d’AGAR et ISMAEL, à Beersheba préfigurent l’ISLAM, et comme les participants à l’autel du Moriah après l’Exode préfigurent la « Judéité. ».
A l’heure où des passants, qui allaient incendier une cité perdue, s’arrêtèrent et offrirent à Abraham, leur hôte d’un instant, l’Amitié Divine ; pour les sauver, il ne réclame pas son neveu LOT qui est leur hôte ; il prie pour toute leur cité et SODOME ne sera brûlée.
En cette journée, sa Prière, ébauche de l’Intercession Mariale, s’élève pure et sainte, L’Ami de Dieu est tout à fait prédisposé aux dernières angoisses de l’Amour Divin, où il assiste à son Décret.
Suivant les trois Traditions ; Talmudiques, Grecques, et Musulmanes, le Lieu de la Solennelle Prière d’Abraham est situé à quelques Km de Hébron, dans un Village autour d’une Eglise Byzantine dédiée à Saint Lot ( Nabi-Lut).
Consommant son premier Sacrifice Paternel, contraint d’infliger à ISMAEL cette douleur de l’Exil qu’il ressentit lui-même en partant d’OUR, Abraham arrache du moins à Dieu, pour le Déshérité et sa descendance, une Bénédiction figurée par la Promesse de la Fécondité Charnelle, germe d’Espérance.
C’est comme l’Ange de YAHWE rencontra AGAR et lui dit ; « tu es enceinte et tu enfanteras un Fils, tu lui donneras le Nom d’ISMAEL, car YAHWE a entendu ta détresse ».
On voit dans la Démarche d’Abraham, le Témoignage d’un Pacte, liant sa descendance, Y COMPRIS ISMAEL, à Dieu. C’est la consécration de la Pierre Commémorative du Covenant
Primordial prédestinant l’Humanité au Culte du DIEU UNIQUE.
C’est sur cet Autel que le Sacrément de RECONCILIATION, inauguré ensuite à JERUSALEM, doit être réfléchi.
Ainsi Abraham « arrache » à DIEU le PARDON Annuel des péchés pour TOUS LES SIENS. C’est la Proclamation de l’Amour Divin pour tous les Prédestinés., passant sous silence comment l’Amant est venu SAUVER les Amants, et les conduire à L’Aimé, car DIEU n’est pas seulement l’Amour (mais l’Amant et l’Aimé), dont il procède.
Cette piété Doctrinale devient chez les ISMAELIENS, une Doctrine des Grades d’Initiation, où l’on apprend que les CINQ bases sont des purs Symboles.
D’où une transfiguration des concepts et des représentations, va s’acheminer, à l’Image des Pérégrinations d’Abraham, en changeant de Formes, mais avec une continuité historique, vers la Transcendance Spirituelle.
Tel serait le terrain de jonction final entre Monothéismes, et ce n’est que l’Implantation en Terre d’Orient d’un ORDRE de Contemplatifs, que l’Entente se réalisera, dans cette Abbaye de l’Amour Divin dont Marie des Vallées et Shoshtari ont parlé.
L’Inspiration Divine des Prophètes, à travers un Message Angélique, a pu sauver l’Humanité. Les Visions imposées à un Prophète coïncidaient avec les passages de l’Ecriture Sainte. SALMAN en a ouvert chez les Musulmans, le SENS Chrétien de ces passages. Les ISMAELIENS l’identifiaient à LAZARE, qui selon eux, a inspiré JESUS.
En Présence des DEDOUBLEMENTS de Conscience produits par des suggestions Angéliques, que SALMAN confirma le Caractère Supra- Angélique, incréé de l’ESPRIT.
Abraham, rejoint par SALMAN l’Inspirateur, a prié pour SODOME, pour ISMAEL et pour ISSAC, pour que le Pacte Social qui fonde les Cités soit Pur, pour que les Combattants aboutissent à une PAIX FRATERNELLE, pour que le Sacerdoce soit Saint, et ces TROIS PRIERES à Mambré, à Beersheba, et à Moriah n’en font qu’UNE.
Cette PAIX est la Vraie Terre Sainte, Prédestinée : « Sublimiori Modo Redempta ».
C’est là, comme une Ligne de Faîte et non de partage, où l’on pressent son apparition, qui attire les Hommes qui cherchent JUSTICE sur les Hauts Lieux saints de PALESTINE : Juifs, Chrétiens et Musulmans.
Ainsi, Issus d’une Germination Commune, tant originelle, puis Spirituelle, d’un Berceau Symbiotique et Osmotique, que les Hommes ont été bénis, tous sans exception, par l’Appel d’Abraham dont la mère fût Hittite (Indo-européenne) et son père Araméen parlant la langue de JESUS, et dont les Fils Spirituels, exilés seulement physiquement, ont perpétué les Orientations et les Tendances Syncrétiques, par une Conception ESOTERIQUE, et une Pratique INITIATIQUE, qui rapprocheront l’Orient et l’Occident.
PS : de larges extraits de L. MASSIGNON ont été cités pour rester fidèle à l’Esprit de la Lettre
Abraham MOUNZER
GMN de France
vendredi 20 juillet 2012
lundi 16 juillet 2012
Colloque du Samedi 13 Octobre 2012 au Sénat
Répondant à l'invitation du Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique le TSF Jean-Marc Aractingi, Sa Sainteté Shinso Ito, Daisojo (le plus haut rang monastique dans le bouddhisme japonais) et Chef Spirituel du Bouddhisme Shinnyo nous honore de son intervention lors de ce Colloque sur le thème: "La société moderne - un cadre pour la quête spirituelle" en déléguant le Révérend Martin HOSCH, haut représentant bouddhiste en Europe
vendredi 15 juin 2012
Colloque au Sénat organisé par le Grand Orient Arabe Œcuménique le Samedi 13 Octobre 2012
Ce Colloque qui a pour thème
" Spiritualités dans la cité "
est organisé par le Grand Orient Arabe Œcuménique(GOAO) avec la participation de la Société d'Etudes Ismaéliennes de France.
Il aura lieu le Samedi 13 Octobre 2012 à 10h au Sénat à Paris ( France) et sera suivi d'un déjeuner (Salle Napoléon) sous le Patronnage du Ministre de la Culture et sous la Présidence du Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique Jean-Marc ARACTINGI.
Les Intervenants:
* Le Mot du Ministre de la Culture
* Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique :
" Spiritualité maçonnique dans la cité "
* Cheikh Khaled BENTOUNES, Maître spirituel de la Tariqua Alâwiyya, Président honoraire de l'Association Internationale des Amis de l'Islam:
" Le Vivre ensemble "
* Karim Hervé BENKAMLA, Vice-Président fondateur de l'Amitié Judéo-Musulmane de France et délégué général du Conseil français des musulmans laïcs:
" Les relations Judéo-Musulmanes en France "
* Christian LOCHON, Professeur à l'Institut de formation des Imams de la Grande Mosquée de Paris:
" Visibilité de l'Islam en Europe "
* Dr RAHMATOULLAH, Président de la Société d'Etudes Ismaéliennes de France:
" Polarité entre din (religion) et dawla (état) en Islam"
Pour ceux qui souhaitent s'y inscrire, prière d'écrire à : secretaire@goao.org
dimanche 10 juin 2012
Des Francs-Maçons parmi les ambassadeurs de l'Islam Mystique
Henry Corbin et René Guénon
Louis Massignon, Henry Corbin, René Guénon, Frithjof Schuon...Quelques Européens dont des francs-maçons (Corbin, Guénon..) ont consacré leur vie à faire entendre la dimension universelle de l'Islam.
Si les Européens du Moyen-âge ont le plus souvent vu dans la religion musulmane une manifestation satanique, le Siècle des Lumières contribua à l'apparition d'une vision plus positive. Goethe consacra au prophète de l'Islam son premier grand poème (Mahomets Gesang, 1773), avant de rédiger son Divan à l'orientale en s'inspirant du persan Hafez. Bonaparte vouait une admiration sincère à cette religion sans mystère ni cléricature ainsi qu'à son prophète inspiré et conquérant; ce qui détermina pour une bonne part sa politique musulmane pendant la campagne d'Égypte en 1798-99.
Mais l'accès à une connaissance plus profonde de la religion musulmane fut l'œuvre d'orientaliste et d'écrivains engagés. En premier lieu Louis Massignon, jeune orientaliste agnostique et dandy, qui entreprit en 1907 une thèse sur Hallâj, le martyr de la mystique musulmane (exécuté en 922). Fait prisonnier par la police ottomane au cours d'une expédition archéologique en Irak en 1908, accusé d'espionnage et menacé de mort, il vécut en une nuit une conversion religieuse radicale et paradoxale: devenu catholique fervent, il se consacra désormais à l'exploration d'une spiritualité musulmane vis-à-vis de laquelle il se sentait redevable. Professeur au Collège de France, il publia une œuvre scientifique considérable (environ huit cents titres), et intervint de façon militante dans diverses crises où la France se trouvait engagée face au monde musulman (Syrie, Maroc, Algérie).
Son impact fut particulièrement profond auprès du public catholique : il ne se borna pas seulement à promouvoir un dialogue islamo-chrétien actif, mais réaffirma la valeur universelle du message musulman. Être chrétien ne consistait pas pour Massignon à valoriser une vérité dogmatique excluant les autres religions, mais à rechercher l’universelle vérité partout où elle se manifestait : en ce sens, il induisit une manière de révolution au sein du catholicisme. Écouté par de hautes instances au Vatican, il marqua une pléiade d’orientalistes d’envergure (Gardet, Arnaldez, Anawati), de théologiens (Jean-François Six) et d’écrivains (Claudel).
Assez différente fut l’influence exercée par l’œuvre de Henry Corbin (1903-1978), philosophe de formation-il fut le premier, en 1939, à traduire des textes de Heidegger en français- qui avait appris l’arabe et le persan. C’est notamment au contact de Massignon qu’il découvrit la philosophie illuminative en Islam (1929), puis, à partir de 1945, la gnose et la philosophie chiites de l’Iran. Son œuvre écrite aborde certes le chiisme, mais aussi la philosophie d’inspiration hellénistique (Avicenne) et iranienne (Sohrawardi), la mystique proprement dite (Ibn Arabi notamment), l’alchimie, etc. Il rendit accessible au public occidental les voies de l’ésotérisme musulman et de la pensée chiite, qui ressemble à un christianisme où la gnose aurait prédominé sur la théologie des conciles. Il mit également en valeur la dimension visionnaire et onirique de l’expérience mystique, qu’il traduisit par le vocable « monde imaginal » : il ne s’agit plus ici de l’imagination au sens de fantaisie, source de toutes les erreurs, mais d’une perception à part entière qui donne accès à une véritable connaissance du versant métaphysique de la personne humaine.
On se doit par ailleurs de rappeler l’œuvre singulière de René Guénon dont les idées entraînèrent la conversion de plusieurs intellectuels occidentaux.
Frithjof Schuon s’affilia dans les années trente à l’ordre nord-africain de la Shâdhillîyya et diffusa un enseignement de tendance universaliste autour du thème de « l’Unité transcendante des religions » (titre de l’un de ses livres, paru en 1949). Installé d’abord en Suisse, il partit pour les États-Unis où il devint l’un des chefs de fil de la tendance dite « pérennialiste », cherchant à redécouvrir une sagesse primordiale à partir des traditions religieuses particulières.
Plu discret, moins médiatique, le Roumain Michel Valsan (1907-1974), rédacteur et éditeur à Paris de la revue « Études traditionnelles » transmit lui aussi la tradition shâdhilîe, notamment auprès d’Européens convertis. Les groupements qui se réclament de son enseignement sont assez nombreux (quelques dizaines de milliers de personne en France) et soucieux de l’application rigoureuse de la Loi musulmane.
Enfin, la spiritualité musulmane est à présent mieux connue grâce à l’action de maîtres spirituels orientaux qui se sont efforcés d’en traduire le message en terme « modernes ».
Mentionnons, parmi d’autres, Idries Shah (né en 1924). D’origine indo-afghane, installé en Grande-Bretagne, il est l’auteur d’une œuvre fondée notamment sur les paraboles et historiettes souvent humoristiques qui illustrent les doctrines soufies dans la tradition irano-turque. Ses disciples sont nombreux en particulier dans le monde anglo-saxon (parmi eux, l’écrivain Doris Lessing), mais ne sont apparemment pas organisés en une confrérie structurée comme les Shâdhîlîs.
Il est difficile d’imaginer le visage de l’Islam qui se dégagera au XXIème siècle à partir de ces apports composites. Il semble en tout cas que, plus qu’une doctrine, une morale ou des rituels, il offrirait aux Occidentaux un surcroît de lyrisme, de passion, voire de « folie sacrée » dont ils sont mutilés depuis des siècles. Ce serait en tout cas suivre le conseil du grand poète mystique persan, Roumi (+ 1273) :
« Ne demande pas l’eau, demande la soif et les sources se mettront à jaillir du sol et à descendre du ciel. »
Pierre Lory
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